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Jusqu'au 6 avril 2021, cette photo par Noura Gauper sur laquelle je pose, est exposée à la rue du Grand pont à Lausanne dans le cadre d'une exposition d'artistes locaux en plein air, sur panneaux d'affichage.


Voici un chouette article de Dadi magazine qui en parle:

dadimagazine.ch/article/pour-lamour-de-lart


Cette photo est issue du shooting qu'on a fait avec la photographe Noura Gauper, où l'on interroge le rapport aux poils, et plus largement, l'identité des genres, les codes qui les constituent.


J'ai écrit, en lien avec cela, le texte ci-dessous.


Bonne lecture!



Histoire de poils


A poil avec mes poils !

« Chers poils, mes bien chers poils,

Je me suis rendue compte qu’il avait fallu 37 ans pour que je me rencontre vraiment dans ce corps sur lequel vous êtes enracinés.

37 ans pour me connaître sans pilule hormonale, sans maquillage, et avec des poils.

Un état que la majorité des hommes connaissent. Un état que certaines femmes ne connaîtront peut-être jamais, ou que peu, ou, que très tard.

Je ne me suis jamais sentie aussi libre, aussi belle et aussi bien.

Mes poils, pourtant, avant cela, je pensais être de celles qui les assumais vraiment.

Un jour, à la danse, je ne devais pas avoir plus de 5 ans, une fille blonde est venue vers moi. Elle regarda mes avants-bras aux poils longs et foncés et les compara aux siens:

« Regarde! » elle me dit en tendant son bras à poils blonds et fins « ça c’est joli ! Les tiens, c’est pas joli !».

Voilà, chers poils, à 5 ans, la société avait déjà une porte-parole pour me dire qu’elle ne vous aimait pas.

A 12 ans, je fus invitée avec ma famille à une bat-mitsva. J’allais m’habiller d’une robe échancrée sous les bras. Ma mère me donna une crème dépilatoire qu’elle m’expliqua comment utiliser. La guerre aux poils pouvait commencer. J’étais un peu gênée par ces « choses » qu’on devait apparemment enlever parce que disgracieuses, mais un peu honorée aussi, comme si c’était ça devenir femme. Sûrement que ça l’est dans de nombreuses représentations. Alors qu’un homme devient un homme quand il commence à en avoir. N’est-ce pas quelque peu infantilisant pour une femme? A peine elle en a, voila qu’on les lui enlève !

A l’école, on se moquait de mes jambes poilues, mais trop jeunes pour être rasées ou épilées à la cire. J’étais honteuse.

Un jour, il y eut cette boum: on se prépara avec une amie. Il me restait un fond de la crème dépilatoire que ma mère m’avait donnée. Pour l’économiser et parvenir toutes deux à s’épiler, je la raclai consciencieusement de mes jambes après l’avoir laissée agir, afin que mon amie puisse à son tour en bénéficier.

Poils et adolescence : inconfort, douleur et un certain budget.

Ça gratte, ça pique dans le slip. Ça démange à vélo, ça dépasse du maillot. Ça coûte cher chez l’esthéticienne, c’est douloureux de se les faire arracher.

On vous dit « au début ça fait mal, mais après tu t’y habitueras et tu ne sentiras presque plus rien! » cette phrase m’a toujours terrifiée. C’est donc ça: il faut les arracher jusqu’à ce que nos jambes soient anesthésiées? Ne plus sentir la douleur, ne serait-ce pas aussi, ne plus sentir la douceur? C’est cela qu’on mérite en tant que femme? Désensibilisation de nos terminaisons nerveuses pour que l’homme ne s’y pique pas?

Il veut que ce soit toujours plus court, moins de poils, exposant mon intimité au grand jour. Je suis pudique, mais désormais honteuse de ces poils, alors qu’ils habillaient si bien mon sexe, le préservant, le décorant délicatement.

Traqués à la pince à épiler, ils dégoûtent, on les croit vecteurs d’odeurs.

Pourtant, je transpire nettement moins depuis qu’ils ont poussé.

Tiens, cela voudrait-il dire qu’ils ont une utilité?

Un jour je rencontre un être qui les aime ces poils, peu importe leur longueur, peu importe leur couleur, peu importe leur implantation. Il regarde mon ventre et dit avec admiration « ils te vont bien tes poils, ils te donnent du charme »

Qui l’eut cru que ces mal-aimés tant d’années puissent être enfin considérés avec bienveillance?

La plupart des femmes avec qui j'en ai parlé m'ont dit comprendre mon choix, mais qu’elles ne pourraient pas en faire autant : « ça ne me dérange pas chez les autres, mais sur moi, oui ! »

Certaines avouent que ce serait par difficulté de l’assumer socialement. Rares sont celles qui peuvent entendre que le choix d'être peu poilue ou imberbe va puiser dans des représentations dictées par des normes sociales « Oui, les autres femmes sont conditionnées, mais moi c'est différent, je n'aime vraiment PAS les poils, cela n'a à voir ni avec ce que les hommes attendent, ni avec la société! ». Mais qui sont ces « autres femmes» alors, puisque presque toutes tiennent ce discours ? Le poil serait-il fondamentalement moche ? Et finalement, qui décide de ce qui est beau ou moche ?

La beauté n'est-elle pas subjective ? Notre rapport à celle-ci n'est-il pas influencé par des codes et des normes sociales ? Si le poil était fondamentalement vilain, pourquoi en allongerait-on certains au mascara ? Que serait notre regard sans sourcils? Que se passerait-il quand la transpiration salée nous empêcherait d’ouvrir les yeux? Aurait-on autant de plaisir à caresser des animaux sans poils ? Peut-être que les poils chez la femme renvoient à une certaine animalité. Peut-être que dans nos représentations sociales, il est rassurant de pouvoir la dompter, que ces traits sont acceptés chez l'homme, mais qu'il est plus simple de dominer une femme sans poils, une femme infantilisée. Notre regard s'y est habitué. Tout comme mon regard, après quelques mois de poils, s'est étonnement vite habitué à l'inverse. Et maintenant, quand je vois des aisselles imberbes sur les réseaux sociaux, j'ai presque l'impression qu'il manque quelque chose. Le corps de la femme pourrait être représenté autrement ; il l'a été par le passé et le sera surement encore dans le futur.

Il est sans doute plus simple d'affirmer qu'on n'aime pas les poils, d'oublier qu'ils existent en les éradiquant, plutôt que de les interroger. Qu'on le veuille ou non, nous sommes conditionné·es par les images qui nous entourent au quotidien.

Pourtant, les poils font partie de nous, de nos corps. Voilà comment dès le plus jeune âge, les femmes ont honte de ce que leur corps produit. Colère contre ces poils à supprimer à tout prix, acharnement, rejet. Nous devenons ennemies de nos poils, de nos corps, de nous-mêmes. Nous devenons nos propres bourreaux et nos souffres-douleurs. En effet, pas forcément besoin d'un regard « masculin » pour qu'on veuille s'en débarrasser. On nous apprend à mal nous aimer.

Personnellement, je ne trouve mes poils ni laids, ni beaux. Je les trouve poils. Il est possible que par moment, je les épile comme un caméléon, juste pour me simplifier la vie, pour me fondre dans les normes. Ou il est possible que parfois je les laisse pousser pour susciter des réactions, entrer en discussion, interroger le regard de notre société. Je n'ai rien à revendiquer en laissant pousser mes poils. Je pense qu'on peut être féministe imberbe ou poilue, tout comme féminine imberbe ou poilue. Ce qui est sûr, ce que je ne souhaite pas complètement les éradiquer, parce que désormais, j’ai une réelle sympathie pour eux. »


(Les codes)


Les gens sont tentés de penser que je revendique qui je suis en m’exposant avec des poils. Pour moi les poils font partie de codes. Ces codes peuvent être différents d’une époque à l’autre, d’une culture à l’autre, d’un milieu à l’autre etc. J’aime déconstruire et interroger. Mon identité, si je devais vraiment la préciser, ce n’est pas « les poils », ce serait plutôt le fait de questionner et de déconstruire tout le temps. De ce fait, j’aime jouer des codes. J’ai envie de croire que l’être humain est autre chose qu’une somme de codes.

Ma vie, mon travail, la création, tout a toujours était hors cases et peu académique. J’ai étudié le design industriel et je fais par ex, de la cuisine, des collages, j’enseigne aussi. Je suis un patchwork d’un tas de choses, tout se rejoint, mais je n’ai pas envie de devoir mettre d’étiquette sur ce que je fais, ce que je suis. Oui, on peut dire que je suis non-binaire si cela rassure de pouvoir me mettre une étiquette ; au moins ce terme me laisse une certaine liberté.

On a fait une série de photos avec Noura, une mise à nue poilue, certaines avec des pointes de danseuse classique. Je fais de la danse depuis toujours, des pointes pendant une période de ma vie, je n’ai jamais rien eu de la danseuse classique, mais je ne peux pas non plus dire que je suis une « bgirl », bien que le break soit une danse que j’affectionne particulièrement. Les codes répondent souvent à notre besoin d'appartenir et être reconnu·es. Je n’appartiens à rien et à personne, personne et rien ne m'appartiennent. C'est ainsi sur terre et c'est selon moi la vraie condition humaine. Dans ce que je crée, le média sert juste de média pour faire exister mon art, quel qu’il soit. Je me fous des codes ou je joue des codes. La vie est trop longue pour ne faire qu'une seule chose, mais trop courte pour toutes les faire. Je choisis de ne pas choisir.

Je suis un patchwork.




©Noura Gauper

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